25 novembre 2006
Seule Venise - Claudie Gallay
Seule Venise est le deuxième volet de m
a série Vénitienne (peut-on parler de série avec deux ouvrages, oui bien sûr, puisque c'est le début d'une longue série). Je rappelle que le premier s'appelait Venise.net de Thierry Maugenest. Pour en revenir au roman de Claudie Gallay, j'ai aimé la mélancolique histoire de l'héroïne. C'est le prétexte aussi pour se promener dans cette sublime ville de Venise désertée par ces touristes, froide, humide, mais toujours aussi envoûtante (le mot est faible !).
Présentation de l'éditeur
A quarante ans, quittée par son compagnon, elle vide son compte en banque et part à Venise, pour ne pas sombrer. C’est l’hiver, les touristes ont déserté la ville et seuls les locataires de la pension où elle loge l’arrachent à sa solitude. Il y a là un aristocrate russe en fauteuil roulant, une jeune danseuse et son amant. Il y a aussi, dans la ville, un libraire amoureux des mots et de sa cité qui, peu à peu, fera renaître en elle l’attente du désir et de l’autre. Dans une langue ajustée aux émotions et à la détresse de son personnage, Claudie Gallay dépeint la transformation intérieure d’une femme à la recherche d’un nouveau souffle de vie. Et médite, dans le décor d’une Venise troublante et révélatrice, sur l’enjeu de la création et sur la force du sentiment amoureux.
J'adore cette ambiance, les personnages ne sont jamais lisses, un peu irréels, j'ai eu l'impression de flotter entre deux eaux, hors du temps. Ce court roman lent, romantique, est une parenthèse dans toutes mes lectures, une belle pause.
Ne pas hésiter longtemps à l'acheter, il est en effet publié chez Actes Sud dans la collection poche Babel et je ne redirai jamais asssez qu'ils sont vraiment beaux et agréables pour des poches.
Actes Sud Babel paru en janvier 2006 - pages- 9 €
19 novembre 2006
Les autres - Alice Ferney
Enfin un vrai livre d'action, peut-être pas au sens commun du terme, en effet tout se passe dans un même lieu, en quelques heures, cela vous rappelle quelque chose : le théâtre. Moi aussi, cela m'évoque une pièce avec des personnages qui se retrouvent dans une maison et qui vont révéler les uns aux autres un certain nombre de vérités. Et l'on assiste
à quelques règlements de compte, beaucoup plus saignants que la dernière pièce que j'ai vu Jimmy Choo virtuelle aux pieds (oui je fais un peu vaniteuse en disant cela, mais c'est si bon).
Dans Blanc d'Emmanuelle Marie avec Léa Drucker et Isabelle Carré : deux soeurs se retrouvent lors des derniers jours de leur mère. J'ai attendu vainement quelques phrases assassines, des répliques caustiques, rien de tout cela, un dialogue creux avec quelques beaux effets de mise en scène (bravo Zabou Breitman).
Pour en revenir au livre d'Alice Ferney, l'anniversaire d'un des fils est l'occasion de retrouvailles pour la famille et des amis d'enfance. L'un des frères offre à l'autre un jeu de société particulier et risqué : un jeu de la vérité.
Présentation de l'éditeur
Caractère : n. m. Manière habituelle de réagir, propre à chaque personne. Et juste en dessous : Personnes susceptibles s'abstenir. Voilà ce qui était écrit en gros sur le couvercle. Ce jeu a reçu une récompense au Festival international des nouveaux jeux de société. Je ne m'arrête pas à ce détail positif, j'imagine le chambardement qu'il peut susciter dans notre groupe. Un jeu de miroir tient nos relations dans le monde des ombres et des reflets. Personnages et Caractères propose d'éclairer cet imbroglio. Mais justement, faut-il faire la lumière ? Je suis de l'avis de Fleur : c'est prendre des risques. Théo lit la règle du jeu avec un sérieux d'enfant. On dirait que lire à voix haute le protège de comprendre ce qu'il annonce. Et Niels s'amuse, se frotte les mains, il assistera en direct à une expérience psychologique. C'est bien digne de lui d'avoir offert ce cadeau.
Le livre est en trois parties, avec tout d'abord les pensées de chacun pendant la soirée, puis la scène telle qu'elle s'est déroulée, et pour finir l'histoire racontée. Au final, on a droit à beaucoup de secrets révélés ou tus, quelques beaux dialogues et des réflexions très justes et bien écrites. J'ai apprécié ce livre même si quelques passages sont un peu longs, j'ai pris beaucoup de plaisir (plus qu'avec Blanc).
Actes Sud paru le 7 août 2006 - 531 pages - 22 €
12 novembre 2006
Comment Lire peut être incroyablement tendance?
Loin des rats de bibliothèque, genre petites lunettes, chignon, robe sévère, pull étriqué rapiécé aux coudes, les lectrices et lecteurs de 2006 sont très tendance.
Tout d'abord, je note l'effort notable de nombreux éditeurs d'afficher des couvertures sobres et chics (Gallimard et mon choucou Quai Voltaire au bleu sublime), d'utiliser des formats originaux (actes Sud) et d'illustrer leurs couvertures de tableaux ou très belles photos. Je ne dis pas que la tendance soit générale, il reste des amateurs du genre "eau de rose" avec une sublime créature ou "terroir" avec paysage de campagne légèrement flouté (genre David Hamilton le retour).
L'autre nouveauté chez les lecteurs, c'est la sophistication, l'emploi de véritables petits bijoux de modernité en matière de lecture, qui vont en surprendre plus d'un.
A titre d'exemple, j'ai noté l'usage de ThumbThing, qui va devenir rapidement indispensable et d'un chic inouï. Ce délicieux petit objet (ici présenté en turquoise) permet de tenir d'une seule main un livre et de maintenir les pages bien écartées. Outre l'aspect pratique, vous noterez le design dudit objet (des ongles manucurés sont souhaitables).

Pour marquer la page où vous vous êtes arrêté, vous choisirez un signet élégant (comme ceux réalisés par Manee). Il est toujours préférable d'afficher un marque-page digne de ce nom, plutôt qu'un vulgaire ticket de train, métro, un marque-page publicitaire offert par votre libraire (qui est un peu l'équivalent en papier d'une pub radio pour le dernier best-seller), voire pire une feuille de papier toilette. Imaginez la scène, un instant, vous laissant choire votre feuille triple épaisseur parfumé au lilas dans la rame de métro, pas très glamour !
Et pour compléter la panoplie, il faut bien sûr une lampe de lecture nocturne. Il existe aujourd'hui une multitude de lampe de lecture, comme celle qui s'accroche aux livres, se pose partout. Fini les récrimintions de conjoint somnolent.
Quant aux lunettes, le choix est large et si tentant, que l'on se prend à rêver d'être presbyte.
La lecture attitude est devenue furieusement tendance, relevons la tête (de notre livre), remontons nos lunettes et déambulons fièrement notre livre sous le bras.
02 novembre 2006
Le demi-frère - Lars Saabye Christensen
Cela tombe bien, il vous reste quelques jours avant la fin des vacances et pour ceux qui ne sont pas partis, les jours racourcissent et les soirées rallongent, vous trouverez donc facilement de longues heures pour lire ce magnifique pavé de 922 pages.
C'est une extraordinaire saga familiale qui se déroule en Norvège, dans les années 50. Rien n'est simple, ni lisse, tous les personnages sont hors du commun.
Présentation de l'éditeur
" Un magnifique roman fleuve, à mi-chemin entre Le Livre des illusions de Paul Auster et Les Corrections de Jonathan Franzen. " The Independent.
Barnum et Fred grandissent à Oslo dans les années 60 au sein d'une famille excentrique dominée par trois générations de femmes. L'histoire de cette famille norvégienne n'est toutefois qu'un des aspects de ce roman envoûtant où le tragique et le comique ne cessent de se côtoyer. Si subtile qu'en soit l'intrigue, si complexes et attachants qu'en soient les personnages, si cocasses qu'en soient les situations, si magique qu'en soit l'univers, c'est le talent de l'auteur à entrelacer des thèmes multiples, la richesse des allégories toujours accessibles grâce à la limpidité du style qui font du Demi-frère un chef-d'œuvre. Récompensé, en 2002 par le Prix littéraire du Conseil nordique, la plus haute distinction littéraire des pays scandinaves, traduit dans vingt-cinq pays, Le Demi-frère a fait de Lars Saabye Christensen auteur culte.
Dans cet univers matriarcal, dont les pères ont disparu (en mer ou de la circulation) il y a tout d'abord l'arrière-grand-mère appelée La Vieille (très joliment), ancienne actrice du cinéma muet est dotée d'une forte personnalité, ne mâchant jamais ses mots et avec un sens de la répartie jubilatoire. La grand-mère Boletta une autre nature très attachante, la mère Véra, qui retrouvera le sourire avec le père du héros.
Dans ce livre les héros échappent aux normes, le narrateur Barnum est dramatiquement petit, objet des moqueries de tous, il décrit son univers avec drôlerie, tendresse et détresse. Doté d'un demi-frère Fred un peu spécial, qui bouleverse sa vie en permanence, et d'un père atypique, trouble, peu séduisant et pourtant le seul à avoir rendu son rire à Véra.
Ce livre, c'est le récit d'une famille scandinave peu banale, d'une amitié exceptionnelle entre deux enfants. Chaque personnage est imparfait, ses failles sont mises à nu, et Lars Christensen rend cela avec beaucoup de justesse, de poésie et d'humour. Bien loin de notre univers méditerranéen, c'est l'occasion d'une belle rencontre avec la Norvège.
Le livre de Poche paru le 10 mai 2006 - 922 pages - 8 €
