25 octobre 2006
Le Passage des Ombres - Isabelle Hausser
Attention, il est question de meurtres, il y a plein de morts, des suspects et un juge, mais ce n'est pas un polar. C'est le dernier livre d'Isabelle Hausser, et contrairement aux apparences, il est centré sur des histoires d'amitié et d'amour.
Présentation de l'éditeur
Certains lieux semblent enchantés, comme si, placés en un point sensible où se déforme la trame de l'espace et du temps, ils gardaient la mémoire des événements dont ils ont été le théâtre ou protégeaient les secrets de ceux qui les ont habités. Malemort, petit bourg méridional chargé d'histoire, que les événements du monde, même les plus sanglants, n'atteignent que de manière étouffée, pourrait être l'un de ces endroits magnétiques où viennent se confondre les époques.
C'est à un trio insolite que revient la tâche d'invoquer l'esprit des lieux : une femme et deux hommes qui essaient, chacun à sa manière, de surmonter leurs deuils respectifs à travers l'amitié, la musique et leurs obligations professionnelles. Leurs égarements intérieurs les mènent sur la piste de deux meurtres non identifiés. L'un bien réel, que Guillaume, le magistrat, est obligé d'instruire, l'autre, incertain et commis à une époque antérieure, qui suscite la curiosité de William, l'historien, tandis qu'Élise, le médecin du bourg, est confrontée à des morts moins inattendues parmi ses patients.
Il y a plusieurs histoires qui se juxtaposent, se télescopent dans Le Passage des Ombres.
Chacun des trois personnages a été confronté à un deuil douloureux, l'un a perdu son fils, l'autre sa femme et la dernière sa mère. Chacun se remet difficilement de son chagrin et ne veut pas chercher d'aide auprès des autres, le trio se retrouve seulement en jouant de la musique.
Parallèlement, une tragédie du passé liée à la maison va surgir et entrecouper le livre.
Quant à l'aspect sentimental, il règne un suspens insoutenable : imaginez deux hommes très amis et une femme (amie de l'un d'eux depuis l'enfance), dans les bras duquel va-t-elle succomber, l'amitié des deux hommes pourra-t-elle perdurée ? Mais d'ailleurs qui dit qu'elle succombera, ce n'est pas non plus de la chick-lit (et n'y voyez aucun mépris).
Pour parachever l'ensemble, l'américain du trio nous fera partager ses réactions, ses états d'âme face à l'actualité américaine, le conflit irakien.
Bref, il y en a pour tous les goûts et même si mon résumé peut paraître échevelé, le livre lui est bien ficelé.
Alors oui, j'ai aimé ce livre, je l'ai lu très vite, je reconnais que quelques clichés auraient pu nous être épargnés. Mais il se dégage un côté intemporel de ce livre, deux histoires qui se chevauchent et pour parfaire l'ensemble, j'ai aimé l'ambiance retranscrite de ce petit village au fond de la Drôme.
17 octobre 2006
Personne n'y échappera - Romain Sardou
Et oui, vous non plus vous ne pourrez passer à côté du dernier Sardou, le livre pas le CD. Je sais, je suis la première à gloser ces pubs radio (merci Europe 1) affligeantes pour le dernier best-seller bouleversant, terrifiant ou émouvant.
Mais sincèrement, comment résister à un tel mystère : "24 cadavres sans lien apparent, pas de mobile, pas de suspect..; et oh surprise le héros n'est pas une sublime héroïne trentenaire très triste, très intelligente et très riche (toute ressemblance avec des personnages de Mary Higgins Clark ne sauraient être fortuites).
Présentation de l'éditeur
New Hampshire. Hiver 2007. 24 corps sont découverts dans le sable enneigé d'un chantier d'autoroute. 24 cadavres ! Tués d'une balle en plein cœur, sans aucune trace de lutte. Sacrifice de secte ? Suicide assisté ? Gigantesque règlement de compte ? Plus incroyable encore : personne ne les réclame. Pas un mari inquiet, pas une mère affolée, pas un collègue de bureau ne prend contact avec la police. Le même soir, Frank Franklin, 29 ans, tout jeune professeur de littérature, arrive pour son nouveau poste au Durrisdeer Colleae une université richement dotée dont les terres jouxtent le chantier des 24. Très vite, quelque chose l'inquiète sur le campus. Bientôt, Franklin va comprendre qu'il a été entraîné dans un terrifiant jeu de dupes.
C'est vrai qu'il a nom un peu ridicule Frank Franklin, mais ne nous arrêtons pas à ce détail, il a l'air très séduisant et aventureux. Car une fois commencé, vous ne lâcherez plus le livre. Pour résumé, il est efficace comme un polar américain, nous sommes dispensés de tout l'argot américain (ce qui n'est pas fait pour me déplaire), le meurtrier est original sans être gore (ce n'est pas du Grangé), de quoi passer de bonnes heures.
J'ai bien aimé la fin avec un côté très français, pas tout à fait celle que l'on attend et en demi-teinte. Je peux regretter que certains personnages n'est pas été plus développés, mais cela reste un bon polar comme j'aime en lire de temps en temps.
| Edition Xo paru en sept 2006 - 349 pages - 19,90€ |
11 octobre 2006
Les bienveillantes - Jonathan Littell
Pour tous ceux qui attendaient avec curiosité, impatience ou amusement, mon avis sur l'immense chef-d'oeuvre incontournable, inattaquable et inestimable du jeune prodige Jonathan Littell, passez votre chemin, allez surfer plus loin, j'ai jetté l'éponge.
Pourtant tout avait si bien commençé, les premières pages me réjouissaient, m'intriguaient, naïve que j'étais.
Telle une accro du shopping se jetant sur le dernier Spécial Mode de elle, je m'étais empressée d'acheter Les bienveillantes, allant même jusqu'à le faire trôner sur le dessus de ma PAL (Pile à Lire), narguant ainsi les visiteurs.
Cependant, au fur à mesure des pages, le doute s'est immiscé, je me demandais à quel moment j'allais m'y retrouver entre tous les personnages aux noms inretenables (pour la latine que je suis) et aux grades de l'armée si subtilement établis, et surtout quand allais-je être emballée au point de ne plus lâcher le livre (comme Bernard Pivot l'a soutenu).
La réponse tient en un mot : JAMAIS.
Même pas cent pages plus loin, j'ai tout arrêté, peu sûre de moi, j'ai avant de prendre cette décision gravissime pris des informations auprès de mon cher libraire, et là ce fut l'estocade : "Et vous n'avez encore rien lu, la suite est horrible". Préferant ne pas imaginer en quoi cela pourrait être plus horrible que ce que j'avais lu jusque là, j'ai ainsi renoncé à lire ce chef d'oeuvre.
Je ne saurais jamais tout ce que j'ai raté, je ne sort pas grandie de cette expérience, mais très soulagée.
Enfin, ne m'avouant pas totalement vaincue, je viens de l'offrir très gentiment à mon cher et tendre, peut-être que son intelligence masculine bien supérieure à ma cervelle féminine, saura apprécier le livre du siècle. Je pense être fixée dans moins de deux ans (compte tenu de son rythme de lecture).
Le bon côté de cet achat, c'est que ce sera très joli dans ma bibliothèque et j'entends déjà les réflexions.
Pour information, la Présentation de l'éditeur
" En fait, j'aurais tout aussi bien pu ne pas écrire. Après tout, ce n'est pas une obligation. Depuis la guerre, je suis resté un homme discret; grâce à Dieu, je n'ai jamais eu besoin, comme certains de mes anciens collègues, d'écrire mes Mémoires à fin de justification, car je n'ai rien à justifier, ni dans un but lucratif, car je gagne assez bien ma vie comme ça. Je ne regrette rien: j'ai fait mon travail, voilà tout; quant à mes histoires de famille, que je raconterai peut-être aussi, elles ne concernent que moi; et pour le reste, vers la fin, j'ai sans doute forcé la limite, mais là je n'étais plus tout à fait moi-même, je vacillais, le monde entier basculait, je ne fus pas le seul à perdre la tête, reconnaissez-le. Malgré mes travers, et ils ont été nombreux, je suis resté de ceux qui pensent que les seules choses indispensables à la vie humaine sont l'air, le manger, le boire et l'excrétion, et la recherche de la vérité. Le reste est facultatif." Avec cette somme qui s'inscrit aussi bien sous l'égide d'Eschyle que dans la lignée de Vie et destin de Vassili Grossman ou des Damnés de Visconti, Jonathan Littell nous fait revivre les horreurs de la Seconde Guerre mondiale du côté des bourreaux, tout en nous montrant un homme comme rarement on l'avait fait: l'épopée d'un être emporté dans la traversée de lui-même et de l'Histoire.
Editions Gallimard paru le 13 Sept 2006 - 903 pages- 36€ (pas très cher comme objet de déco et très tendance)
10 octobre 2006
Pourquoi pas un Questionnaire ?
Chère Patricia non contente de m'entraîner au péché de gourmandise, tu veux aussi exacerber ma vanité avec ce questionnaire. Parfait, je vais tenter de répondre avec toute la sincérité dont je suis capable.
Attrapez le livre le plus proche, allez à la page 18 et écrivez la 4è ligne :
"et comme j'ai grandi dans le Sud je pouvais même pousser une pointe d'accent méridional,..." ne vous y fiez pas ce n'est pas extrait d'un ouvrage inédit de Marcel Pagnol mais du fameux livre Les Bienveillantes de Jonathan Littell, je l'ai tellement aimé qu'il ne quitte plus ma table de chevet.
Sans vérifier, devinez quelle heure il est ?
21H00
Vérifiez :
21h22, pourquoi c'est passé si vite ?
Que portez-vous ?
Un jean blanc, je ne me suis toujours pas résolue à le remiser dans les affaires d'été, celles que l'on ne remettra probablement jamais pour cause de changement de mode, mais je l'aime bien. Et pour donner un côté plus automnal, à ma tenue un pull cachemire et soie crème. C'était vraiment le bon jour pour répondre au questionnaire.
Aux pieds, je porte une paire de Manolo Blahnik (virtuelle).
Avant de répondre à ce questionnaire, que regardiez-vous ?
L'heure, pour coucher les enfants au plus vite et savourez ma tranquillité.
Quel bruit entendez-vous à part celui de l'ordinateur ?
Le calme, enfin.
Quand êtes-vous sortie la dernière fois, qu'avez-vous fait ?
Hier soir, nous sommes allés à un cocktail dinatoire. Une vraie vie mondaine de rêve, mais c'est vrai qu'il y a eu aussi des embouteillages, une quête effrénée de place de stationnement,...
Avez-vous rêvé cette nuit ?
Heureusement.
Quand avez-vous ri la dernière fois ?
Tout à l'heure, au téléphone.
Qu'y a t'il sur les murs de la pièce où vous êtes ? 
Un tableau bleu, un autre rose inachevé et la vue sur la rue tout en bas.
Si vous deveniez multimillionnaire dans la nuit, quelle est la première chose que vous achèteriez ?
Un Birkin, un Ipod, des Manolo Blahnik, un hôtel particulier sur le Champ de Mars ou un compte illimité chez mon libraire, j'hésite encore, je peux encore réfléchir?
Quel est le dernier film que vous ayez vu ?
C'était L'hôtel de la Plage en 1985, à non il y a eu Le diable s'habille en Prada depuis.
Avez-vous vu quelque chose d'étrange aujourd'hui ?
Non rien, c'était très calme au Bon Marché quand j'y suis passée. Il ne faut pas exagérer, il reste encore deux mois avant les Noël et trois avant les soldes.
Que pensez-vous de ce questionnaire ?
Je secoue ma blonde tête dans tous les sens, et non je ne pense rien.
Dites-nous quelque chose de vous que ne savons pas encore :
Je ne suis pas Carrie Bradshaw.
Quel serait le prénom de votre enfant si c'était une fille ?
Athénaïs (c'est fait) et Faustine.
Et si c'était un garçon ?
Grégoire et Gaspard (je les ai déjà en vrai)
Avez-vous déjà pensé à vivre à l'étranger ?
Oui, mais dans une très grande ville, très civilisée et bien achalandée.
Que voudriez-vous que Dieu vous dise lorsque vous franchirez les portes du paradis ?
Ah enfin, pour moi la vie va commencer.
Si vous pouviez changer quelque chose dans le monde en dehors de la culpabilité et la politique, que changeriez-vous ?
Rien tout va très bien, non?
Aimez-vous danser ?
Oui, jusqu'au bout de la nuit (mais ces nuits là sont très rares, quasi virtuelles).
Georges Bush ?
Il est dans quelle série déjà?
Quelle est la dernière chose que vous ayez regardée à la télévision ? :
Desperate housewives
Quelles sont les 4 personnes qui doivent prendre le relais sur leur blog ?
Anaïk, Cécile, Mijo, Choupynette
04 octobre 2006
Les sirènes de Bagdad - Yasmina Khadra
Il ne sera pas question de sirènes ensorceleuses, mais plutôt celles qui retentissent en cas d'alerte. Avec ce livre, on est dans un registre très différent de mes précédentes lectures. Il s'agit d'actualité, et pas n'importe laquelle l'Irak.
Il n'y a pas une journée sans que les infos ne nous livrent leurs commentaires sur le dernier attentat survenu en Irak, mais avec ce livre (je ne dirais pas bouleversant cela fait pub radio) extrêment fort et rude, Yasmina Khadra nous montre l'envers du décor, la situation vécue par les Irakiens.
A travers, le récit d'un jeune Bédouin, anonyme, banal, on va assister à son basculement dans la haine et le mal.
Présentation de l'éditeur
Le héros de ce roman est un jeune Irakien de vingt ans, né dans un village au milieu des sables où perdure depuis toujours un mode de vie archaïque. En 2002, il part faire des études à Bagdad, mais l’invasion des troupes américaines le renvoie dans son bled. Pendant plusieurs mois, il végète en écoutant palabrer les gens du village qui se partagent entre les nostalgiques de Saddam, ceux qui espèrent tout des Américains et les tenants du radicalisme islamique. Jusqu’au jour où un attentat ayant eu lieu à quelques kilomètres de là, les G.I. débarquent en force dans la petite communauté et contraignent brutalement les habitants à sortir de chez eux. Aux yeux de ce jeune homme, ils commettent l’irréparable en jetant hors de son lit son père, à demi nu. Le spectacle d’une telle humiliation détruit irrémédiablement l’image que ce garçon avait de lui-même.
Fuyant son village, dérivant jusqu’à Bagdad, il se retrouve dans une ville déchirée par une guerre civile féroce. Sans repères ni ressources, miné par la honte, il devient une proie rêvée pour les Islamistes radicaux.
Ce roman ressentit comme un témoignage, m'a permis d'apréhender une autre vérité, et l'ampleur du gouffre qui sépare nos cultures. Sans jamais chercher à justifier des actes terroristes, Khadra nous décrit le cheminement des poseurs de bombes.
Il dégage un tel souffle de ce roman qu'il est difficile de le lâcher, l'envie de savoir comment tout cela va finir n'est pas étrangère non plus à cet acharnement.
J'ai aimé ce livre qui comme L'attentat (de Yasmina Khadra également) et Les cerfs-volants de Kaboul (Hosseini Khaled), à chaque fois c'est une découverte, une autre vision de ces pays et j'écoute les informations d'une oreille plus attentive.
