Oui, j'ai le temps de Lire

... ou je le prends. Des critiques subjectives de livres récents.

11 octobre 2006

Les bienveillantes - Jonathan Littell

litellPour tous ceux qui attendaient avec curiosité, impatience ou amusement, mon avis sur l'immense chef-d'oeuvre incontournable, inattaquable et inestimable du jeune prodige Jonathan Littell, passez votre chemin, allez surfer plus loin, j'ai jetté l'éponge.
Pourtant tout avait si bien commençé, les premières pages me réjouissaient, m'intriguaient, naïve que j'étais.
Telle une accro du shopping se jetant sur le dernier Spécial Mode de elle, je m'étais empressée d'acheter Les bienveillantes, allant même jusqu'à le faire trôner sur le dessus de ma PAL (Pile à Lire), narguant ainsi les visiteurs.

Cependant, au fur à mesure des pages, le doute s'est immiscé, je me demandais à quel moment j'allais m'y retrouver entre tous les personnages aux noms inretenables (pour la latine que je suis) et aux grades de l'armée si subtilement établis, et surtout quand allais-je être emballée au point de ne plus lâcher le livre (comme Bernard Pivot l'a soutenu).
La réponse tient en un mot : JAMAIS.

Même pas cent pages plus loin, j'ai tout arrêté, peu sûre de moi, j'ai avant de prendre cette décision gravissime pris des informations auprès de mon cher libraire, et là ce fut l'estocade : "Et vous n'avez encore rien lu, la suite est horrible". Préferant ne pas imaginer en quoi cela pourrait être plus horrible que ce que j'avais lu jusque là, j'ai ainsi renoncé à lire ce chef d'oeuvre.

Je ne saurais jamais tout ce que j'ai raté, je ne sort pas grandie de cette expérience, mais très soulagée.
Enfin, ne m'avouant pas totalement vaincue, je viens de l'offrir très gentiment à mon cher et tendre, peut-être que son intelligence masculine bien supérieure à ma cervelle féminine, saura apprécier le livre du siècle. Je pense être fixée dans moins de deux ans (compte tenu de son rythme de lecture).

Le bon côté de cet achat, c'est que ce sera très joli dans ma bibliothèque et j'entends déjà les réflexions.

Pour information, la Présentation de l'éditeur
" En fait, j'aurais tout aussi bien pu ne pas écrire. Après tout, ce n'est pas une obligation. Depuis la guerre, je suis resté un homme discret; grâce à Dieu, je n'ai jamais eu besoin, comme certains de mes anciens collègues, d'écrire mes Mémoires à fin de justification, car je n'ai rien à justifier, ni dans un but lucratif, car je gagne assez bien ma vie comme ça. Je ne regrette rien: j'ai fait mon travail, voilà tout; quant à mes histoires de famille, que je raconterai peut-être aussi, elles ne concernent que moi; et pour le reste, vers la fin, j'ai sans doute forcé la limite, mais là je n'étais plus tout à fait moi-même, je vacillais, le monde entier basculait, je ne fus pas le seul à perdre la tête, reconnaissez-le. Malgré mes travers, et ils ont été nombreux, je suis resté de ceux qui pensent que les seules choses indispensables à la vie humaine sont l'air, le manger, le boire et l'excrétion, et la recherche de la vérité. Le reste est facultatif." Avec cette somme qui s'inscrit aussi bien sous l'égide d'Eschyle que dans la lignée de Vie et destin de Vassili Grossman ou des Damnés de Visconti, Jonathan Littell nous fait revivre les horreurs de la Seconde Guerre mondiale du côté des bourreaux, tout en nous montrant un homme comme rarement on l'avait fait: l'épopée d'un être emporté dans la traversée de lui-même et de l'Histoire.

Editions Gallimard paru le 13 Sept 2006 - 903 pages- 36€ (pas très cher comme objet de déco et très tendance)

Posté par Agapanthe à 19:24 - Littell Jonathan - Commentaires [30] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Je vois que ton cher et tendre a le même rythme de lecture que le mien...
J'hésite encore à me lancer dans la lecture de ce pavé horrifique et horrifiant... qui flirte avec le voyeurisme. Je verrai bien quand il sera à la médiathèque, pas avant.

Posté par choupynette, 09 octobre 2006 à 21:21

Moi, c'est mon côté "rétive à la vente forcée" qui m'a fait ne pas le prendre. J'attends mintenant qui me fera changer d'avis. Sans compter le sujet, qui ne m'emballe pas vraiment, je n'ai pas l'âme masochiste !

Posté par Patricia, 09 octobre 2006 à 22:30

J'avais trouvé JLittell entendu chez F. Taddeï plutôt sympa dans le genre détaché des questions de gloire, de goncourt, de "phénomène de la rentrée littéraire", un peu râleur...et du coup je me demandais si ce livre ne méritait pas d'être lu, bon alors non, hein, Agapanthe ?

Posté par Romarin, 10 octobre 2006 à 09:19

Il faut absolument le lire, ne serait -ce que pour me conforter dans mon opinion ou me donner envie de m'y remettre.

Posté par agapanthe, 10 octobre 2006 à 10:02

Dis donc, tu veux que je creuse mon découvert pour ça ? Je préfère "Une souris dans le potage" ;-)
Ceci dit, comme Romarin, je trouve le personnage assez sympa. Mais bon, je n'aime pas lire des romans trop noirs, ça me met dans des états pas possibles.

Posté par Anaik, 10 octobre 2006 à 14:15

Bravo

Décidement tu me surprendra toujours avec la justesse de tes propos pour décrire autant ce que l'on doit lire ou pas. Continue !!!

Posté par miss Perlouzes, 10 octobre 2006 à 20:02

Bonjour
Contrairement à toi, je prends un véritable plaisir, certes malsain, à llire ce roman... Il est terrible, effroyable même mais vraiment bien écrit et il nous fait poser divers questions très gênantes sur nous-mêmes... Je ne peux t'obliger à reprendre sa lecture, je comprends qu'on ne puisse adhérer à ce genre de littérature, mais je te propose de venir en discuter sur mon blog où je fais une chronique hebdomadaire sur ce roman et surtout les questionnements qu'il suscite,
Au plaisir de te relire

Posté par Anne-Sophie, 11 octobre 2006 à 16:47

J'en suis à plus de la moitié, je le lis assez lentement car certains passages sont durs à digérer, mais j'adore! C'est un vrai grand (et gros) bouquin, qui prend aux tripes...On s'habitue vite aux Oberfuhrer et autres, il y a un souffle, une puissance...Bref, vous aurez compris que j'aime ce livre.

Posté par Marie-Charlotte, 11 octobre 2006 à 18:14

je suis perplexe...

Posté par sylire, 11 octobre 2006 à 19:43

Il y a effectivement diverses critiques, mais j'hésite encore à me lancer dans ce pavé pour me faire ma propre opinion, c'est le sujet qui me rebute le fait de lire les propos d'un nazi me tord, à l'avance, les tripes.

Posté par Florinette, 12 octobre 2006 à 10:09

Intérogations sur soi

Je comprends ton arret, mais j'en suis à 200 pages et je ne pense pas arreter.
Certains passages sont très hard, mais le questionnement sur l'obeissance aveugle ! c'est une intérogation passionnante.

De plus c'est peut-être une littérature "masculine" comme Gavalda a pu être catalogué de "féminine"

Posté par michelh, 16 octobre 2006 à 22:31

ne culpabilise pas d'avoir abandonné en cours de route ! c'est ton droit imprescriptible de lectrice...
je ne vais pas lire Les bineveillantes : l'extrait paru dans Lire m'a convaincu que ce n'était pas pour moi (le style, la narration me paraissent indigestes au possible et ne me correspondent pas du tout). par contre je lirai avec avidité les blogs de celles et ceux qui l'ont lu et aimé

Posté par Lhisbei, 16 octobre 2006 à 22:33

Tout à fait d'accord.
Je n'ai pas accroché moi non plus. J'ai abandonné un peu plus loin, mais vraiment pour donner encore une petite chance au bouquin.
Je suis sortie de là très mal à l'aise, un peu fascinée aussi par cette obéïssante aveugle. Mais pas vraiment séduite.

Posté par Odile, 17 octobre 2006 à 14:13

Ah, mais ça ne va pas du tout. J'étais très enthousiaste à l'idée de le lire et toutes les critiques que je lis font état d'une lecture très difficile (voir http://livralire.canalblog.com/) Du coup, j'hésite....

Posté par sophie, 19 octobre 2006 à 15:41

Dommage!

Mon mari et moi avions de grande espérance pour ce livre... Maintenant, j'hésite à l'acheter! Il semblait être le livre à lire en 2006!?

Posté par Jules, 20 octobre 2006 à 02:51

Claude Lanzmann dit qu'il y aura beaucoup d'acheteurs et peu de lecteurs pour ce livre...je me suis sentie "obligée" de l'acheter,je n'ai pas encore pu y entrer.
En revanche,j'adore un encore plus gros pavé conseillé par mon cher libraire:"dans la marche du temps" de Daniel Rondeau.1150 pages (mieux que Litell)et c'est magnifique!

Posté par sol, 21 octobre 2006 à 22:18

survivre

Grosse brique, près de 900 pages à nous narrer les horreurs de la guerre avec un personnage dépravé, violent, pas très rassurant. Le narrateur décrit bien les choses, c'est du Kafka puissance 5. En fait, est-il le père de ses neveux jumeaux!

Posté par moimeme, 24 octobre 2006 à 03:05

J'aime beaucoup la réflexion de Lanzman qui résume bien la position de ce livre.
Je comprends que Littell puisse plaire, les questions qu'il soulève sont fortes, mais pour cela il faut pouvoir avancer dans le livre, chose dont je suis incapable pour l'instant.

Posté par agapanthe, 25 octobre 2006 à 12:52

superbe

J'ai avalé ce livre et arretté de regarder la télé! C'est remarquable et on en sort comme groggy. Les 200 dernières pages sont sublimes, le passage dans la maison de sa soeur est terrible;

Posté par detours92, 14 novembre 2006 à 11:01

perplexe

je viensde finir le livre. je le trouve très bien, sans doute parce que je suis attiré par le sujet depuis longtemps (le côté fascination malsaine je suppose, le côté "qu'aurais-je fais si j'avais vécu cette époque?"), mais si quelqu'un pouvait m'expliquer deux choses :
1 - j'ai pas compris le titre, même en relisant plusieurs fois le dernier paragraphe.
2- J'ai pas compris non plus pourquoi tous les chaîtres portaient le nom de musiques de chambre

Quand je me pose ces questions, parfois je me demande si je ne suis pas passé à côté du bouquin .

merci à celles et ceux qui pourront m'éclairer.

Posté par dude, 22 novembre 2006 à 21:26

Magistral !

Bonjour,
Il vient d'être mis de le rayon de notre médiathèque. En 15 jours il était lu. Je suis très heureux, ce livre marque l'avènement d'un nouvel écrivain (attention, ne pas confondre avec romancier !)de langue française. Cela faisait des lustres que je n'avais pas lu un tel souffle dans un roman de langue française (écrit par un américain, certes). Au suivant Monsieur Litell!
Magistral !

Posté par Groucho, 06 décembre 2006 à 15:22

Euh...

J'ai lu "Les bienveillantes" et j'ai lu également les commentaires ci-dessus. Paut-être n'ai-je pas l'esprit suffisament "littéraire" pour conprendre la subtilité de ce roman. Mes émotions, aussi basiques soient-elles, m'ont dicté ma conduite : j'ai fini le livre et mon constat de lectrice "basique" est clair : je n'ai pas aimé.Ma lecture a été très difficile, j'ai failli abandonner plus d'une fois...
Evidément, il est superbement bien écrit.Evidément le travail de recherche est plus qu'impressionnant... mais je suis passé à côté dirait-on... et je pense le rester !

Posté par Fanyoun, 22 mars 2007 à 20:18

ça sent le cadavre

Ca sent le cadavre

Voici qu'à Paris paraît "Les Bienveillantes", et qu'à Strasbourg paraît "Cher oncle Georges".
Voilà les sujets qui apportent maintenant du gain aux maisons d'éditions. Mieux, Gongourt peut s'en orgueillir, comme l'auteur... S'enrichir sur des cadavres dont leurs histoires ne pourront jamais être écrites, et romancer sur leur bourreaux, cela donne la nausée et montre , combien bas, sont tombées les maisons d'éditions et les membres du Jury du Prix Goncourt.
Ce genre de livres ne devrait jamais être édité.
Il y eut les cadres monstrueux, les collabos, et leurs bourreaux... Il y eut leurs millions de victimes, d'hommes, de femmes, d'enfants et de vieillards, déshonorés, torturés, mutilés, assassinés. Et on se permet de romancer sur les premiers, et d'honorer leurs auteurs. Abjecte commerce de genre littéraire !
Vous feriez mieux d'éditer de la poésie, ou les lettres des victimes et de leurs membres de familles, et de laisser aux historiens d'écrire les vérités et de dévoiler les mensonges.

Posté par FORST, 16 avril 2007 à 16:21

Courage !

C'est dommage d'avoir abandonné après 100 pages. Les 100 premières pages sont les plus dures à lire, elles décrivent des moments très durs à supporter. L'horreur qui suit et décrite par ton libraire est d'un autre genre, plus insidueuse, plus froide. Mais moins crue. Si c'est le côté cru de cette violence qui t'a découragée, n'hésite pas à reprendre ta lecture.

Posté par Phil, 17 septembre 2007 à 22:17

Non !

je suis totalement écoeuré que ce livre ait pu obtenir le goncourt et autre prix. Il faut vraiment que le microcosme soit passé sous le fond de la piscine pour justifier et encourager un tel livre.
Rien, et surtout pas l'art, ne peuvent justifier cette tentative de jsutification de l'injustifiable.
Alors, messiurs du Goncourt et de l'Académie, encore une petite shoah pour équilibrer la première ? Et un peu de merde par dessus pour réchauffer la tarte de l'homosexualité ?
Voilà un plat qui vous convient.
On peut aussi conseiller à l'auteur de faire attention aux traductions de l'Allemand, il devrait éviter les outils gougueulesque.....

Posté par Cezanne, 17 décembre 2007 à 15:34

J'ai beaucopu de mal...

Je ne vois pas bien comment ce bouquin (que je lis et j'irais jusqu'au bout) a pu recevoir certains prix.
C'est sordide (normal) chiant (normal) et intello gratuit.
J'ai du mal aussi de lire ce truc écrit par un type né en 1967 ; qu'en savait-il de cette période ?
Pourquoi tant de descriptions (homo, etc.) qui n'apportent rien à cette histoire ?
Bon, en espérant, que c'est bien le dernier bouquin écrit par ce monsieur... Je préfère - âge aidant - "La mort est mon métier" de Robert Merle.
Pas de raucune ; une certaine désillusion...
Au fait : tous les lecteurs ne parlent (ou ne comprennent) pas l'allemand.
Je vais quand essayer d'aller au bout des 900 pages.

Posté par jero, 11 janvier 2008 à 17:24

Je complète...

Au dos de la couverture est écrit : "En fait, j'aurais tout aussi bien pu ne pas écrire..."
Je suis bien d'accord : Il aurait du ne pas écrire !
Bon... je pensais aller au bout... Je crois que je vais arréter à la page 400 ; c'est pas si mal.
Les gens qui "péconisent" ce bouquin, l'ont-ils lu ?
Pour moi, c'est définitif "Les bienveillantes" = poubelle ( à 25 € ) ! Donc, le prochain Goncourt... Le prochain J.Littell...

Posté par jero, 11 janvier 2008 à 18:13

Je complète...

Au dos de la couverture est écrit : "En fait, j'aurais tout aussi bien pu ne pas écrire..."
Je suis bien d'accord : Il aurait du ne pas écrire !
Bon... je pensais aller au bout... Je crois que je vais arréter à la page 400 ; c'est pas si mal.
Les gens qui "péconisent" ce bouquin, l'ont-ils lu ?
Pour moi, c'est définitif "Les bienveillantes" = poubelle ( à 25 € ) ! Donc, le prochain Goncourt... Le prochain J.Littell...

Posté par jero, 12 janvier 2008 à 10:20

Un roman à lire

Les Bienveillantes reste un long roman à lire. L'armée allemande y est désacralisée et semée de doutes. Sans être un documentaire ou une recherche historique, les Bienveillantes sont un roman intéressant et instructif malgré des scènes dures.

Mathieu Dufain
http://mathieudufain.hautetfort.com/archive/2008/01/26/les-bienveillantes.html

Posté par Mathieu Dufain, 28 janvier 2008 à 09:20

Un texte exigeant

Le temps passe et les lectures approfondies du roman de J. Littell relativisent les commentaires d'Edouard Husson et de Michel Terestchenko. Jean Solchany pour la recherche historique et Florence Mercier-Leca pour la littérature , et quelques autres , de plus en plus nombreux, ne considèrent plus « Les Bienveillantes» comme un canular . Sans reprendre les propos hyperboliques de certains ( Georges Nivat , Pierre Nora et bien d'autres ) ceux qui ont lu et relu le livre énonce les qualités de cet événement littéraire. Jamais en 60 ans , une oeuvre artistique n'a pu rendre sur ce sujet ( l'apocalypse européenne pendant la seconde guerre mondiale ) , à ce niveau d'incandescence , l'effet de Réel qui émerge de cette narration. Comme le dit Solchany c'est un roman qui réussit là où le cinéma n'a jusqu'à aujourd'hui pas totalement convaincu. Peu d'oeuvres littéraires ont contribué de manière aussi efficace au «devoir de mémoire». La fiction , le témoignage et le livre scientifique constituent 3 approches différentes et non concurrentes du nazisme et de l'extermination des juifs. Certains lecteurs ne semblent pas prêts à reconnaître la légitimité de la démarche fictionnelle, alors que cette dernière jouera à l'avenir un rôle croissant dans la prise de conscience de la monstruosité du nazisme.L'intervention des intellectuels dans le débat critique est indispensable, mais il y a des limites à l'expertise historienne. S'exprimer sur le rapport à la vérité lorsqu'il s'agit de littérature( ou de cinéma ) présuppose une grande prudence.Les historiens ne doivent pas ruiner leur crédit en souscrivant à un fondamentalisme hypercritique qui conduit à assassiner un roman qui ne mérite pas un tel traitement. « Les Bienveillantes» apparaissent comme un texte exigeant. Il sollicite diverses compétences du lecteur et pas seulement culturelles.

Posté par Lyonel Baum, 10 mai 2008 à 11:13

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